El Niño est de retour : Comprendre ses effets sur les écosystèmes marins et la dynamique des pêches
- 7 mai 2026
- Category: Actualités
El Niño est de retour. Selon l’Organisation météorologique mondiale, il existe environ 40 % de probabilité qu’un épisode El Niño se développe entre mai et juillet, tandis que la NOAA estime jusqu’à 90 % de chances que des conditions El Niño soient établies d’ici septembre.
À la suite de l’épisode significatif de 2024, cette convergence des prévisions constitue un signal fort pour le secteur de la pêche. Les impacts d’El Niño sur les pêches sont très surveillés car ils affectent directement les conditions océaniques, les écosystèmes marins et la répartition des ressources halieutiques dans le Pacifique.
El Niño & La Niña : retour aux fondamentaux
El Niño et La Niña sont deux phénomènes climatiques majeurs qui influencent directement la dynamique océanique et la productivité des pêches.
Dans des conditions normales, les alizés poussent les eaux chaudes de surface vers l’ouest à travers le Pacifique. Cela crée une zone d’eaux chaudes dans le bassin occidental et déclenche une forte remontée d’eaux profondes (upwelling) à l’est via le système de Humboldt. Cet upwelling (remontée d’eaux profondes), riche en nutriments soutient l’un des écosystèmes marins les plus productifs au monde, alimentant d’importantes pêcheries ciblant les anchois, les sardines et les thons. Près de la moitié des captures mondiales de thon listao ont lieu dans le Pacifique occidental.
Lorsqu’il s’agit de La Niña, ce système s’intensifie. Des vents plus forts renforcent cette remontée d’eaux profondes, augmentant la productivité dans le Pacifique oriental et stimulant les captures de petits pélagiques. Dans le même temps, les zones de pêche du thon listao à l’ouest deviennent plus concentrées.
Lors d’El Niño, le système s’affaiblit. La diminution des vents limite la remontée d’eaux profondes, réchauffe le Pacifique oriental et réduit la productivité. Par ailleurs, la zone chaude occidentale s’étend vers le Pacifique central et oriental, élargissant les habitats favorables au thon listao et déplaçant les zones de pêche.
El Niño : ce que cela change pour les pêches et la dynamique océanique
Nous l’avon vu, El Niño est provoqué par un affaiblissement des alizés, ce qui réduit la remontée d’eaux froides riches en nutriments le long de la côte ouest de l’Amérique du Sud. Cela entraîne un réchauffement des eaux de surface dans le Pacifique équatorial oriental, tandis que le Pacifique occidental devient relativement plus frais.
Ces changements perturbent directement la productivité océanique et la structure des écosystèmes. Dans le Pacifique oriental, la diminution des nutriments limite la production primaire, affaiblissant toute la chaîne alimentaire, du plancton aux niveaux trophiques supérieurs. En conséquence, les espèces pélagiques de petite taille comme les anchois et les sardines déclinent, créant des défis majeurs pour les pêcheries au Pérou, en Équateur et au Chili, où les captures dépendent fortement de ces ressources.
Dans le même temps, El Niño modifie les conditions atmosphériques, entraînant des précipitations plus importantes et un risque accru d’inondations le long des côtes d’Amérique du Sud, tandis que le Pacifique occidental connaît des conditions plus chaudes et plus sèches, augmentant les risques de sécheresse et d’incendies.
Les espèces hautement migratrices, comme le thon, réagissent également à ces changements. À mesure que la zone chaude du Pacifique occidental s’étend vers l’est, les habitats favorables se déplacent vers le Pacifique central et oriental, entraînant une redistribution des stocks de poissons et de l’effort de pêche. Cela crée des défis opérationnels et de gestion, nécessitant une adaptation continue des acteurs du secteur et un renforcement de la coopération régionale.

« Pendant la phase El Niño du phénomène ENSO (El Niño–Oscillation australe), la remontée d’eaux profondes côtier au sein du système du courant de Humboldt s’affaiblit, entraînant une réduction de la disponibilité en nutriments dans les eaux épipélagiques du Pacifique oriental.
Parallèlement, les températures de surface sont plus chaudes que la normale. Ces changements océanographiques de méso-échelle affectent fortement les pêcheries côtières locales ciblant les petits pélagiques, car la distribution spatiale des poissons dépend des conditions océaniques.
Des impacts similaires sont observés à des niveaux trophiques supérieurs dans le Pacifique occidental, où l’habitat du thon listao suit l’expansion vers l’est de la warmpool. »
Alexandre Greve, Océanographe chez CLS Group
En résumé voici les impacts clés sur les pêches :
- Baisse de la productivité : la réduction de l’upwelling diminue la disponibilité en nutriments, entraînant un déclin des petits pélagiques et une incertitude accrue pour les pêcheries.
- Déplacement de l’habitat du thon listao : les conditions favorables s’étendent vers l’est, redistribuant les zones de pêche et affectant l’accès aux ressources.
SEAPODYM : transformer la science océanique en intelligence pour les pêches
« Les variations climatiques et les événements El Niño ont un impact profond sur la vie marine, du plancton aux espèces exploitées comme le thon.
Avec des outils comme SEAPODYM, nous pouvons traduire ces changements environnementaux en impacts concrets sur les habitats et la distribution des espèces, aidant à anticiper les déplacements des stocks et à mieux comprendre les dynamiques sous-jacentes. »
Laurène Merillet, Modélisatrice des écosystèmes marins chez CLS Group
Chez CLS, nous accompagnons les acteurs des pêches dans le monde entier en combinant données satellitaires, modélisation océanique et expertise scientifique. Notre approche basée sur les écosystèmes, incluant SEAPODYM, simule les effets de la variabilité climatique sur les conditions océaniques, les réseaux trophiques et la distribution des espèces.

Ces outils permettent de :
- anticiper les changements d’habitat
- prédire les déplacements des stocks
- soutenir une gestion adaptative fondée sur la science
Fort de plusieurs décennies d’expérience en observation des océans, CLS travaille avec les gouvernements, les ORGP (organisations régionales de gestion des pêches) et les acteurs industriels pour améliorer la prise de décision et renforcer la gestion durable des pêches.
El Niño est un puissant rappel de la sensibilité des écosystèmes marins à la variabilité climatique. En modifiant les conditions océaniques, il transforme l’ensemble du réseau trophique, du plancton aux prédateurs supérieurs comme le thon.
Dans un océan de plus en plus variable, comprendre et anticiper ces dynamiques est essentiel.
Surveiller les pêches aujourd’hui, c’est comprendre l’océan pour mieux protéger ses ressources.
Sources :
